
Calligraphie noire sur blanc le corbeau surgit de la nuit des temps. Ombre de
l’homme, il vit en osmose avec lui ; présent à son chevet sur le cadastre endeuillé (aux quatre points cardinaux : carnes au Ponant, ailes au Nord, charniers au Levant, never more…), se
nourrit des ossements des cadavres sanglants. Il se repaît à la fortune du pot. Oiseau, mauvais augure, à la sinistre bure des plutoniens rivages, à la mine de mage, corvéable sans merci, il
s’occupe des zombis tel un bokor alangui, assis et tapi sur un monceau de charpie. « Never more, never more ! » croassent les corps morts des soldats; « many more, many
more » crient les croque-morts des trépas !
Le corbeau est moins courtaud que sa cousine la corbine : on peut les confondre. Charognards du hussard, ils font fondre avec art les cadavres en paix et, par passion, dissolvent et disloquent
corps et crânes. Ils font fosse commune, les deux crânes. Tous deux bien bécus, «honteux et confus», ont comme menu combats les plus crus. Affublés d’un cri coriace affûté («armée aux cris
sévères») : tous les deux croassent au milieu des nuées déployées. Ils administrent l’extrême-onction aux chevaux et dragons en bons trublions qu’ils sont. Nourris un corbeau, il te crèvera l’œil
que tu le veuilles ou non. Ne pas mettre dans le même plat corbeaux et choucas même si tous deux font leurs choux gras des mêmes choses ; ils font freux de tous bras. Au milieu des ossements, se
disputent la partie avec de fragiles craves.
Tout corvidé qu’il est, parfois intelligent, jamais à court d’idées, il se montre brillant. Mais aussi très glouton, mû par le même travers que l’aigle de Jupiter, se montre un peu mouton.
De l’étoffe des héros, Corbiveaux, les corbeaux, corps-pivot assistent l’homme dans son éducation, son édification. Yeux de Munin, jeux d’Hugin, ils assistent les divins au banquet d’Odin.
Je dépose ma plume au bestiaire avant d’être taxidermié en corneille qui s’amuse aux dépens des
muses d’hier. Ma plume s’est évanouie dans la calligraphie : sortie de la poésie.