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Il y a autant d’asiles que de points de chute dans un parcours d’exil, mais il n’y a qu’un rêve d’asile : celui du repos entre les siens (la reconnaissance élémentaire), où la culture sous toutes ses formes est possible, où prendre racine et donner naissance, fonder une famille, une société.
Tout effort, toute tentative de société constituent un asile : refuge de l’homme nu et vulnérable livré à la nature sauvage. En ce sens, évoquer l’asile, c’est évaluer les capacités d’accueil d’une société donnée. Et il n’y a pas plus perspicace qu’un regard étranger pour souligner les caractéristiques de la société qui, bon gré mal gré, le reçoit.
L’Étranger, dans sa souffrance de déraciné, n’en appelle pas seulement à la charité de son hôte. Il lui rappelle constamment qu’un homme peut être arraché à son milieu : le déracinement est une chose commune à l’échelle du globe, mais le rêve d’asile est à la mesure des dangers qui à tout moment assaillent une société a priori fortifiée.
Le rêve d’asile est si fragile qu’il est parfois difficile à partager. Les artistes les plus talentueux captent ce regard étranger, perçoivent la nécessité de montrer ou donner à entendre cette altérité et savent provoquer les milieux protectionnistes de la société où ils évoluent : je pense à Lou Reed, Chaplin, Ridley Scott dans Thelma et Louise... Flaubert, Duras, Baudelaire, Kundera... C’est comme si cette perception de l’altérité était d’ailleurs constitutive du chef-d’œuvre ou “œuvre universelle”, susceptible de toucher/remuer le plus grand nombre.
La notion d’asile concentre des peurs : de celui qui cherche refuge à celle de celui qui a peur de perdre le sien. Une notion clé, autrement dit, pour une critique sociale !
JBr
…à suivre.
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