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Johann Charvel

 

 

Conte gouailleur, actuel et somme toute assez gênant, L’Œil du vigile est un livre sans modération sur la grande distribution. Quand le vilain Casamance, le nouveau directeur du grand magasin Les Méridiens de l’Eden, succède au bon Monsieur Pérocheau, il forme son personnel à grand renfort de « BCCC : Bien Chouchouter Chaque Client », et de « SEUGEC : Sourire est un Gage d’Entente et de Convivialité »… Caricature ou réalité ?

 

Ce livre de Johann Charvel est une satire française à la Steinbeck et un « road movie en grand magasin ». Dans la langue très entraînante d’un narrateur personnage plus qu’humain : Henri, vigile pas comme les autres. Obèse, affamé de malbouffe et de bons bouquins, il est surtout le saint patron des pauvres ados condamnés au vol à l’étalage. Derrière les caméras de vidéosurveillance des Méridiens, Henri est plus vigilant que vigile. N’est-il pas aussi le mieux placé pour critiquer ce royaume où l’homme est esclave de ce qu’il consomme ?
 

Génial. Dans la grande tradition progressiste, l’auteur érige le livre en libérateur d’une jeunesse asservie. Henri consacre ses mercredis à lire sur les trottoirs, au milieu d’enfants de la zone qui vivent si près de la télé et si loin de la bibliothèque.

Jubilatoire, mais décidément gênant. Il explore, à sa façon, « l’imaginaire de notre époque » : « une télé dans chaque chambre, un ordinateur par maison, et de la camelote, du bazar accumulé. Un travail répétitif, productif, stupide. »  Autrement dit, la vérité qui blesse. 

JuBr Pour FO hebdo
 
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