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PhM ou l'exigence

 

Il est un rêveur qui sculpte le bois et les métaux. Il est un sculpteur qui rêve d’accrocher follement aux cous, aux poignets, aux doigts et aux oreilles des femmes – toutes aimées – des bibelots d’argent et de bois précieux. Mais Philippe Moallic est de ceux qui rêvent pour transformer la réalité, et c’est à Douarnenez qu’il façonne corps et âme ses idées, dans son modeste atelier du 28 rue Eugène Kérivel, où il présente trois collections par an, à l’instar des Maisons de couture de la capitale. Après Les Grandes Expéditions, l’été passé, pour lesquelles il a travaillé ébène, citronnier de Ceylan et palissandre de Rio couplés à des perles et de l’argent, ce sont Les Jouets, tout argent, qui ont envahi la vitrine cet automne. Pendeloques, amulettes, colliers, sautoirs, breloques, bagues, broches, boucles d'oreille et bracelets... Autant de poèmes à porter, à exhiber, car chaque bijou raconte sa petite histoire : une expédition Renaissance toutes voiles dehors, une promenade en forêt pendant que le loup n'y est pas, une escarmouche de conte de fées au détour d'une ruelle obscure, une séance naturaliste chez le coiffeur du quartier ou une pêche dont l'exubérance a quelque chose de surréaliste. 

 

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L’œil de l’artiste

Passé la curiosité de cette toute petite vitrine, l’œil de l’artiste vous frappe dès l’entrée. L’œil clair et vif caché derrière le binoculaire de l’artisan et la flamme de son chalumeau. Et l’œil averti, initié, sûr de celui qui a choisi, en juin 2007, d’aménager une véritable caverne d’Ali Baba à deux pas des Halles, entre le Cyberbreizh et la boulangerie Lucas. Dans sa boutique qui fleure bon le cèdre et l’amour de l’ancien, il étale ses trésors sans façon, sans ostentation…

Mais dans une exigence lucide, celle de présenter de l’art sans être en phase avec le marché : « Sur le plan commercial, j’ai une ligne directrice qui est l’exclusivité. La plupart des sculpteurs produisent un modèle, une empreinte et des tirages. Ils gardent le premier modèle pour eux, et vendent, numérotés, les différents tirages. J’ai autant de plaisir à faire toujours autre chose qu’à répéter : je crois beaucoup dans la relation proche entre un bijou et un être, j’ai souvent plaisir à revoir une femme avec le bijou qu’elle a acheté, me suggérant qu’il a voyagé, qu’il est allé à la plage, qu’il est parti au Portugal… Chaque pièce porte un nom, livré avec un certificat d’authenticité précisant que c’est une œuvre originale faite à la main, sa date de naissance, ses particularités. »

 

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Les mains de l’ouvrier

Le savoir-faire de l’artiste éclate dans ce lieu conçu comme un écrin. Une évidence à laquelle il a bien dû se rendre lui-même par la force des choses, au fil d’expériences, de péripéties professionnelles qui l’ont conduit de la publicité à la restauration de meubles pour des antiquaires, « une école des volumes et des couleurs, précise-t-il, du regard et surtout du respect des maîtres et des fabricants ». Ses premiers bijoux ont vu le jour en 2003, « très rudimentaires, en bois et métal agrémentés de pierres » et graines de haricots géants sculptées. La manière s’affinera à côtoyer créateurs, orfèvres, doreurs et plaqueurs du Marais, la reconnaissance de son originalité grossira au point d’être remarquée par une célèbre Maison qui lui propose une collaboration.

Cela dit, si vous êtes de ceux qui jaugent la valeur de l’ouvrier à ses mains, regardez-les bien : elles ont la souplesse et le caractère noueux attachés à la légende du sculpteur. Elles sont conformes à la vocation qui fixe le créateur à sa ville d’enfance, une ville à taille humaine… où son imagination fertile dilate les perspectives : «  Je suis dans une certaine forme d’utopie qui consiste à présenter quelque chose d’irréprochable, de rare, qui touche les Douarnenistes mais qui peut aussi intéresser des personnes de l’extérieur. Douarnenez est un port de pêche en transition économique, ce n’est pas une situation facile en termes identitaire ou financier. On y vient aujourd’hui pour le Port Musée, pour le Festival du cinéma, pour son charme qui a toujours attiré les artistes. Pour que des gens aient envie de rester, il faut susciter leur intérêt. »

 

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Un dernier regard sur la vitrine achalandée de Jouets ne nous apprend pas autre chose : elle n’a pas fini de réjouir les yeux des badauds, des curieux et des audacieux qui franchiront cet hiver le pas de la petite porte récemment peinte en noir…  La « couleur qui révèle les choses et attire l’attention », insiste PhM avant de se pencher sur son établi encombré de miettes de métaux scintillant dans la pénombre de l’atelier. F J.B.

 

Hiver 2009-2010

 


 

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