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Multidimensionnelles : comment mettre en évidence la variété des paysages passés/actuels ?
JBr
Peut-on s’approprier la terre? Sa matérialité, son immanence, ne serait-ce même son concept imaginaire? Peut-on la définir encore et encore ? Continuer à y voir une scène où se joue la représentation de l’homme ? Ses vanités. N’est-ce vraiment plus qu’un décor, ou l’image utopique et déformée de son désir ou de sa volonté ? Sa puissance et son impuissance.
Ce qui a lieu : meurtrissures, excavations, incendies, constructions outrancières, ruines, no man’s land prohibés, photographies satellitaires où les traces et les marbrures du sable des déserts sont comme les fossiles de très anciennes marées. Colorations. Lumières. Du bleu, des bleus…
Ce qui nie sa véritable identité ou … présence, c’est tout ce qui est dit sur elle. Les mots, les signes donnent un sens aux choses. Mais en les révélant ainsi, il les réduit. Une fois révélée par le mot, ce mot si féminin, la terre est devenue espace rond, sein, ventre. Une chose fragmentée, dont le sens reste partiel, univoque. Belle ou laide, c’est selon. Ou déflorée, fatiguée, braquée, exploitée, parquée, abandonnée, rejetée, violée… maquillée, caressée. Irascible. Violente. Détruite et destructrice. Monstrueuse. Embellie, défigurée.
Cessons de la momifier. Et d’en écarter son indicible singularité. La terre est un mouvement. Et du temps qui passe. La terre, telle qu’elle est, tourne au sein d’une danse millénaire. Pense-t-elle, est-elle perdue ou mue par d’énigmatiques mécanismes ?
Considérons-la comme aimable. Pas aimée ni amante. Dans un possible toujours réactivé, une potentialité qui ne se laisse pas clore, une mouvance. Le temps d’une éclosion.
Une pure présence. La terre que nous habitons n’est pas un habitacle, lieu clos d’entre les quatre murs duquel nous pouvons impunément faire ce que nous voulons. Nos voix ne doivent plus y résonner, réverbérées, télescopées. Un dialogue ou du silence pour l’écouter, non pas comme l’on écouterait une cantatrice. La terre n’est pas une femme. Ni un objet. Ni une musique. Ni une peinture. Qu’est-elle ?, ne pose plus la question correcte ou adéquate pour la comprendre. L’être dit de la terre n’est pas la même chose que la terre, n’est pas la terre même. Laissons-la parler…
R.B
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